Le CAC 40 a été créé en 1987 avec une base de 1 000 points, sa première publication officielle datant du 15 juin 1988. En un peu plus de 35 ans, cet indice de référence de la Bourse de Paris a traversé plusieurs cycles complets : bulles spéculatives, crises financières mondiales, chocs sanitaires, et phases de rebond prolongées.
L’historique du CAC 40 sur 40 ans ne se résume pas à une ligne ascendante : il documente aussi les années où les investisseurs ont essuyé des pertes sévères, parfois plusieurs années consécutives.
Ce que mesure réellement le CAC 40 : indice de prix ou rendement total
Avant d’interpréter les performances annuelles, une précision s’impose. Le CAC 40 dit « classique » est un indice de prix : il ne tient pas compte des dividendes distribués par les 40 entreprises qui le composent. Lorsqu’une société verse un dividende, son cours baisse mécaniquement d’un montant équivalent, ce qui pèse sur l’indice sans que ce flux soit réintégré.
Pour mesurer le rendement réel d’un investissement, il faut regarder le CAC 40 Gross Return, qui réintègre les dividendes bruts, ou le CAC 40 Net Return, qui applique une fiscalité de référence. Un record du CAC 40 en points ne signifie donc pas que le rendement total a atteint le même sommet : les deux grandeurs évoluent différemment selon les périodes.
Ce point est rarement précisé dans les comparaisons d’années boursières, ce qui rend difficile l’interprétation des palmarès annuels bruts.
La trajectoire longue du CAC 40 : de 1987 au pic de l’an 2000
Entre fin 1987 et septembre 2000, le CAC 40 a été multiplié par 7. Sur la période 1987-2007, le gain moyen annuel de l’indice a avoisiné 11,9 % par an, à comparer à une croissance moyenne du PIB français d’environ 4 % par an sur la même période.
Cette progression s’est construite sur des phases d’accélération marquées, notamment dans la seconde moitié des années 1990, portées par la montée en puissance des valeurs technologiques et des télécommunications. L’indice franchit des niveaux records en approchant les 7 000 points en septembre 2000.
Cette trajectoire donne une impression de régularité que les variations annuelles démentent. La croissance longue de l’indice masque des années individuelles très contrastées, dont certaines comptent parmi les plus sévères de l’histoire boursière française.

Les pires années boursières du CAC 40 depuis sa création
Deux épisodes dominent l’historique des baisses du CAC 40. Le premier fait suite à l’éclatement de la bulle internet : l’indice a chuté de près de 50 % entre son pic de septembre 2000 et les années qui ont suivi, une baisse étalée sur plusieurs exercices successifs. Le niveau record de 2000 n’a pas été retrouvé dans les onze années suivantes.
Le second épisode majeur est celui de 2008. Dans le sillage de la crise financière mondiale, le CAC 40 a enregistré une baisse avoisinant 40 % sur l’année, après cinq années consécutives de hausse. C’est l’une des contractions annuelles les plus importantes jamais mesurées sur l’indice.
- 2001-2002 : répliques de l’éclatement de la bulle technologique, l’indice perd du terrain deux années de suite, dans un contexte aggravé par les attentats du 11 septembre 2001 et l’effondrement de plusieurs grandes capitalisations mondiales.
- 2008 : la crise des subprimes et la faillite de Lehman Brothers provoquent une baisse de l’ordre de 40 % sur l’année civile, parmi les plus fortes jamais enregistrées.
- 2020 : le choc du premier trimestre lié à la pandémie de Covid-19 fait plonger l’indice de façon brutale avant un rebond partiel en fin d’année.
Ces trois épisodes partagent une caractéristique : ils sont associés à des ruptures systémiques plutôt qu’à de simples corrections techniques. La vitesse et l’amplitude des baisses ont dans chaque cas dépassé les prévisions des analystes au moment où elles se produisaient.
Les meilleures années boursières et l’effet du point de départ
Les années de forte hausse du CAC 40 se concentrent souvent sur des périodes de sortie de crise. Entre mars 2009 et mars 2010, une hausse non moins impressionnante que la baisse de 2008 a pris le relais, illustrant la rapidité avec laquelle l’indice peut récupérer une partie du terrain perdu.
Les années 1990 ont également fourni plusieurs exercices en forte progression, portés par la déréglementation des marchés financiers européens et l’anticipation de la zone euro. L’indice a progressé de façon soutenue pendant plusieurs années consécutives dans cette décennie.
Un angle que les classements annuels bruts n’intègrent pas : le bilan dépend fortement de la durée et de la date de départ. Un investisseur entré au plus haut de septembre 2000 a attendu plus d’une décennie pour retrouver son niveau d’entrée sur l’indice de prix. Le même investisseur tenant compte des dividendes réinvestis présente un bilan différent, meilleur, mais difficile à quantifier sans préciser l’indice de référence exact utilisé.
Composition et rotation de l’indice sur 40 ans
Le CAC 40 de 1988 n’a quasiment rien à voir avec celui d’aujourd’hui en termes de secteurs représentés. Très industriel à sa naissance, l’indice a progressivement intégré davantage de valeurs liées aux services, au luxe, aux technologies de l’information et aux sciences de la vie.
Les entreprises qui composent l’indice sont choisies par le conseil scientifique d’Euronext parmi les 100 sociétés françaises affichant les volumes d’échanges les plus importants. Le poids de chaque valeur dans l’indice est déterminé par sa capitalisation boursière disponible sur le marché, et non par sa capitalisation totale. Depuis le 1er décembre 2003, seul le flottant (titres effectivement disponibles à l’achat) est pris en compte dans ce calcul.
Sur 25 ans, ce sont les actions L’Oréal, Total (ex-Elf) et Sanofi-Aventis (ex-Sanofi) qui ont affiché les progressions moyennes les plus fortes parmi les entreprises ayant figuré dans l’indice. Ces trajectoires individuelles illustrent que la performance du CAC 40 agrège des réalités très disparates selon les valeurs.
Lire l’historique du CAC 40 sans confondre cours et performance
La confusion la plus fréquente dans la lecture de l’historique du CAC 40 concerne l’assimilation entre niveau de l’indice et performance d’un investissement. Quand l’indice franchit un nouveau record en points, cela indique que son niveau de prix dépasse les sommets précédents. Cela ne renseigne pas sur le rendement total obtenu par un investisseur qui aurait systématiquement réinvesti ses dividendes depuis une date donnée.
Les données disponibles sur des fonds prenant le CAC 40 Gross Return comme référence montrent que la performance avec dividendes réinvestis peut différer sensiblement de celle de l’indice de prix sur les mêmes périodes. Cette limite s’applique à tout palmarès des meilleures et pires années : sans préciser la version de l’indice, la comparaison entre années reste incomplète.
L’historique du CAC 40 sur 40 ans documente avant tout la volatilité structurelle d’un indice actions, avec ses séquences de gains importants suivis de corrections sévères. Les crises de 2000-2002 et de 2008 restent les deux étalons des pires configurations. La période de référence choisie modifie radicalement la conclusion que l’on tire de ces données.

